Politique Française

Mercredi 16 avril 2008

La nouvelle polémique naissante relative à une éventuelle baisse des allocations familiales illustre une nouvelle fois le double jeu mal assuré auquel se livre le gouvernement Fillon depuis sa prise de fonction.

Le quotidien « Le Monde », daté de ce jour, révèle en effet qu’un décret « passé inaperçu » réformerait les bonifications accordées pour les adolescents, qui ne seraient plus versées dès les onze ans, mais après la quatorzième année. Soit une perte de six cent euros en moyenne au détriment des familles.  

Une opération « petite économie », faut bien renflouer le trou laissé par le très contestable et contesté paquet fiscal, que Luc Chatel n’a pas tardé à démentir. Le porte-parole du gouvernement s’escrimant à convaincre « que rien n’était prévu pour l’instant » de la part de la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano. Une habituelle « grande gueule » pour l’occasion bien discrète sur le sujet…

Décidément, la fiabilité de nos journalistes est pour le moins mise en épreuve ces derniers temps. Les déclarations intempestives de Rama Yade, c’est la faute aux journalistes, les états d’âme de Kosciusko-Morizet, c’est la faute aux journalistes, l’hyper médiatisation de Sarkozy, c’est la (seule) faute aux journalistes et les décrets dans les cartons du gouvernement, idem ! Comme si le journaliste devait devenir à la majorité ce que l’arbitre est devenu au foot, un être détestable sur lequel il convient de faire passer toutes ses responsabilités et ses frustrations…

Manque de chance pour Chatel et Morano, ce « RAS » de circonstance ne peut se prévaloir d’une aura de sainteté. Le projet de décret, bien réel et dévoilé le 5 février dernier, s’était attiré les foudres de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) qui n’avait pas manqué de faire part de sa « vive insatisfaction », estimant que cette mesure d’économie –chiffrée à 138 millions d’euros par an- allait se faire « au détriment des familles ».

L'UMP dans... l'opposition
La CGC, pour sa part, avait dénoncé dès le 6 février une mesure induisant « un recul des prestations familiales, déjà insuffisantes pour les familles », rejointe en cela par l’association Familles Rurales qui ne manque pas de faire observer que, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques, « en vingt-cinq années, les allocations familiales ont perdu 24,5% de leur valeur relative par rapport au revenu médian* ».

Evidemment, levée de bouclier dans les rangs de… l’UMP, décidément à la pointe de la contestation. Jean-Frédéric Poisson, suppléant de la ministre du Logement Christine Boutin, a demandé au gouvernement de « revenir sur cette décision » et en critiquant « une mauvaise idée ». Touché aux allocations familiales, c’est affecter les bourses de plus de 80% de familles aux revenus modestes.

Mais c’est surtout la lisibilité de l’action de Nicolas Sarkozy qui est en question. L’ex « président du pouvoir d’achat », en passe de se transformer en « Nico la débrouille », ne va certainement pas redonner confiance et moral aux Français par de telles mesures. Il semble aujourd’hui évident que la relance du pouvoir d’achat sera une tache bien plus ardue que ce que pouvait l’imaginer l’ancien ministre de l’Intérieur et, si plan d’austérité il n’y a pas, cette mesure flirte avec le dit « tabou ».

Les Français ne s’en sortent plus, l’inflation galope, le patronat ne bouge pas et l’Etat veut soutirer d’un côté ce qu’il a du céder de l’autre. Une situation explosive !

La France ressemble de plus en plus au voilier « Le Ponant », près de 60.000.000 de Français (pour la plupart silencieux) sont pris en otages par quelques pirates de la politique.  

Gare à l’abordage !

 

* Le revenu médian est le revenu qui partage exactement en deux la population : La moitié de la population dispose d’un revenu plus élevé que le revenu médian, l’autre moitié d’un revenu moins élevé.

 

Par Hervé Pugi
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Mardi 15 avril 2008

Reste-t-il un membre de l’UMP chez nos gouvernants ? C’est la question que l’on peut se poser après la levée de boucliers de la part des députés de la majorité et de certains leaders du mouvement de droite qui ne se cachent même plus pour exprimer leur exaspération envers les méthodes de gouvernance du sarkozysme.

Le député… villepiniste Jacques Le Guen s’est fendu d’un « tous les jours, il y a quelque chose. Ca suffit, ça manque de visibilité, de cohérence et de cohésion au gouvernement », quand Arlette Grosskost s’inquiète que les élus UMP aient parfois « l’impression de devoir se soumettre béatement » aux décisions du gouvernement. Ambiance.

Déjà, samedi, Claude Goasguen avait lancé les hostilités dans un entretien au Journal du Dimanche. Le député de Paris dénonçait le fait que « la vie politique se résume au face-à-face entre l’Elysée et l’opinion ». Avant de faire part du malaise grandissant –pas une nouveauté- dans les rangs de la majorité : « Les députés ne veulent plus être traités comme de simples bulletins de vote. De plus, beaucoup ont le sentiment que le volontarisme de Sarkozy s’étiole. Les ministres ont acté que le Parlement n’avait plus de pouvoir. Ils assistent de moins en moins aux séances, ne répondent plus à nos questions et vont chercher le satisfecit auprès du président. On ne les voit que lorsqu’ils arrivent avec des projets, en général assez mal ficelés, dont on a appris l’existence dans la presse. C’est insupportable. » De là à penser que Goasguen tourne socialo, il n’y a qu’un pas…

Des députés fans de médias

Une fracture symbolisée par l’annonce de Jean-François Copé, ce mardi, expliquant qu’un accord avait été trouvé entre le gouvernement et sa majorité à propos du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés. Il faut croire que Sarkozy a réussi son pari, réinventer le dialogue social mais... à l’intérieur même de son parti !

Le président du groupe UMP de l’Assemblée qui, sans jouer au pyromane, n’apparaît d’ailleurs pas comme un pompier des plus zélé. En appelant à un « esprit de cordée » entre le gouvernement et sa majorité, Copé fait dans le soft sans manquer de réclamer de la « pédagogie » et de la « méthode » en évoquant ce qu’il nomme le « grand cafouillage ».

Le « concours de lâcheté » (sic) continuerait-il à droite ? 

En tout cas, ces remous ne manquent pas d’agacer Chantal Brunel, porte-parole de l’UMP. Il n’y aurait, selon elle, « pas un jour » où des députés de la majorité ne « fassent des déclarations » critiques vis-à-vis du pouvoir exécutif, tout en regrettant qu’ils ne s’expriment pas « dans les instances du parti » mais « dans les médias ».

Merde alors, y’aurait des gars à l’UMP qui passeraient leur temps à communiquer dans les médias ? On se demande bien qui leur a donné une telle idée… 

 

Par Hervé Pugi
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Samedi 22 mars 2008

Fonctionnaire, la bonne planque ? L’idée reçue a du plomb dans l’aile. Plus encore depuis que l’on a appris que le gouvernement allait chambouler de fond en comble le statut de la fonction publique. Ainsi, François Fillon a approuvé un projet de loi « relatif à la mobilité et aux parcours professionnels » des fonctionnaires préparé par le Ministère du Budget, chaperonné par Eric Woerth.

Et à la lecture de ce projet, les « esclaves » du privé –promptes à grogner contre les acquis des « nantis » du public- vont retrouver le sourire. Tous vont finir par se retrouver dans la même asservissement (rendons ses lauriers à Tocqueville qui avait prophétisé que les peuples démocratiques « veulent l’égalité dans la liberté et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage »).   

Ainsi, tous fonctionnaires qui n’aurait pas trouvé de nouvelle affectation dans le cadre d’un redéploiement pourrait se retrouver au chômage technique et sans indemnités. Comme les copains du privé, quoi ! L’Etat dans sa grande mansuétude finira par lui garantir au bout de quelques temps une formation professionnelle pendant, tout au plus, deux ans. Avec, comme seule indemnité, son salaire de base. Pas sûr que l'Etat rattrapera par là la chute du pouvoir d'achat de ses agents ! Au terme de cette période, il lui faudra –tout seul, comme un grand- se trouver du boulot par ailleurs, dans l’administration ou dans le privé.

Autre innovation, qui prouve que notre pays n’a pas d’argent (pour tout le monde) mais ne manque pas d’idées (pour certains) : l’intérim pour assurer la continuité du service public ! Où comment l’Etat se lance dans la sous-traitance des missions qu’il est censé lui-même exercer !

Bref, on l’aura compris, François Fillon a toutes les cartes en main pour « dégraisser » les effectifs de l’administration centrale. Le texte a été transmis aux syndicats pour… avis. Leur réponse est attendue, bien que déjà connue.

Ai-je besoin de vous faire un dessin ?

Par Hervé Pugi
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Jeudi 20 mars 2008

Il n’aura pas fallu bien longtemps avant que la guerre des chefs ne redémarre. Quarante-huit heures étaient passés que Jean-Louis Bianco lançait un pavé dans la mare. Le président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence veut un leader et un projet avant l’été et que Ségolène Royal « fasse acte de candidature » car « elle est la meilleure », à son avis, pour conduire le PS vers l’Elysée.

Problème, François Hollande n’attend pas lâcher les rênes de la maison rose si facilement. Ragaillardi par le succès des municipales, le premier secrétaire du parti se pose en patron et n’hésite pas à taper, sans les nommer, sur ses camarades. Haro sur les « audacieux » et les « frileux » qui n’avaient pas cru en ses objectifs : rafler 30 villes de plus de 20.000 habitants. Le Parti socialiste en a, au final, mis 44 dans son escarcelle.

Un résultat que le maire de Tulle ne manque pas de mettre à son crédit. Inflexible vis-à-vis du MoDem lors de l’entre-deux tours, François Hollande s’était alors fermement opposé à son ex compagne, Ségolène Royal, qui avait appelé à une large alliance au niveau national avec le parti de François Bayrou. Sur le coup, faut reconnaître que « la meilleure » n’a pas franchement été des plus visionnaires…

Une position de force que Hollande et ses amis comptent mettre à profit pour engager la rénovation du PS à leur rythme. Une convention nationale avant l’été afin d’entériner une nouvelle déclaration de principes et des changements statutaires. Le congrès, lui, ne viendra qu’à l’automne. Au grand damne de « Ségo », adepte d’un congrès anticipé qui n’aurait pas de sens aujourd’hui, qui n’a pas manqué de marquer son désaccord. A croire que Mme Royal est une femme pressée, impatiente de conquérir un parti qui –de toute évidence- se méfie d’elle.

Inévitable rassemblement !

D’ailleurs, Laurent Fabius ne s’est pas gêné pour –à demi mot- marquer son opposition à l’ancienne candidate aux présidentielles. Pour l’ex Premier ministre, le Parti socialiste doit clairement « préparer un projet différent » de celui de Ségolène Royal, celui-ci ayant été « rejeté » en 2007. Autrement dit, la présidente de la région Poitou-Charentes n’est pas celle qu’il faut pour réussir la reconquête au niveau national. Bonjour l’ambiance !

Et si les cadres du PS ne se mouillent pas trop, leurs proches ne manquent pas de préparer un front anti-royaliste pour le prochain congrès. Ainsi, les « reconstructeurs » -des proches de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg ou Martine Aubry- font du pied à Bertrand Delanoë. L’un de ces membres, Jean-Michel Cambadélis n’hésite pas à faire feu sur les ambitions de la passionaria socialiste : « Ségolène Royal a décidé de présenter presque unilatéralement un texte au prochain congrès. Elle souhaite mettre le PS au service de son ambition présidentielle, par ailleurs légitime ». On l’aura compris, tous les moyens seront bons pour empêcher « Ségo » de prendre le pouvoir rue de Solferino.

Les charpentes se craquellent dans la maison socialiste et la question est : combien de temps la belle façade rénovée lors municipales va-t-elle supporter la pollution des ambitions personnelles et des inimités ? Et quand bien même la dame de Poitiers réussissait le tour de force de se faire élire des adhérents du PS, il paraît bien incertain qu’elle parvienne –sur sa seule personne- à faire chavirer le pouvoir. L’expérience de 2007 doit servir d’exemple.

Eprouvée, la stratégie de la « femme providentielle » a fait son temps. Il serait temps que Ségolène Royal le réalise. En ordre de marche, couronné de lauriers, bientôt rénové, le Parti socialiste ne sera un tremplin pour elle que dans l’union sacrée. Le comprendre serait la première étape vers une éventuelle reconquête. Une première mais inévitable étape…        

Par Hervé Pugi
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Mercredi 12 mars 2008

Vote sanction ou pas ? Chacun interprétera ce qu’il veut des résultats de ces municipales dimanche soir. Mais certains ont déjà fait la leur. Nicolas Sarkozy, car il s’agit de lui, en est certain. Il n’y a pas eu de vote sanction car il y a eu beaucoup d’abstentions… Ces propos, rapportés par le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez, démontrent en tout cas que celui qui a voulu la « politisation » de ces élections n’aura pas de scrupules à passer outre les résultats sortis des urnes. Une position bien étrange de la part du chef de l’Etat qui avait pourtant assuré le 16 mars qu’il « tirerait les leçons » du scrutin…

Ainsi donc le président de la République fait siennes les voix muettes. L’abstention –symbole du désintérêt de la vie politique- est devenue –en l’espace d’un conseil des ministres- un acquiescement implicite de la conduite menée par le gouvernement Fillon. Il est toutefois étonnant que parmi toutes les têtes pensantes de la Nation, réunies à Matignon pour l’occasion, aucune n’ait pensé à préciser à M. Sarkozy que si l’abstention n’était pas forcément un désaveu pour lui, il ne saurait être un plébiscite. Dommage…

Bien difficile de dire ce qui prédomine chez les Sarkozystes convaincus. La peur ? La fascination ? L’autosuggestion ? Il semble n’y avoir personne pour tirer la sonnette d’alarme et dire, simplement dire, au chef de l’Etat : « vous êtes humain, tellement humain, qu’il est envisageable que vous soyez faillible ». Personne.

Sarkozy comme Bush

Peu importe le comportement ou les propos tenus par le président de la République, il y a toujours une âme charitable à l’UMP pour justifier l’injustifiable ou qualifier l’inqualifiable. Là où certains partis passent leur temps à rendre impossible la vie de leurs « camarades » de parti, la majorité présidentielle semble avoir décidé de maintenir Nicolas Sarkozy dans son petit cocon d’autosatisfaction en le soutenant à tout prix.

Que la politique demande une certaine discipline de parti, c’est inévitable et souhaitable. Le grotesque du Parti socialiste « rassemblé » autour de Ségolène Royal lors de la campagne des présidentielles fait inévitablement jurisprudence. Il n’empêche que cette discipline à l’UMP semble tourner à une forme de totalitarisme, forcément nauséabonde.

On avait cru le comprendre, nombreux sont ceux qui en sont convaincus aujourd’hui, la « remise en question » est une notion qui n’existe pas dans l’esprit du chef de l’Etat. De la même manière que George Bush est convaincu qu’il peut imposer la démocratie par les armes, Nicolas Sarkozy ne doute pas une seconde qu’il remettra « la France au travail » avec ou sans son consentement. Une force de conviction qui ressemble fort à de l’aveuglement !

En tant qu’abstentionniste convaincu –j’aurai l’occasion de m’en expliquer après les élections-, je suis au regret d’annoncer (et sans passer par un quelconque porte-parole) que –non- je ne soutiens pas la politique du gouvernement. Et plutôt que de se précipiter aux urnes dimanche, comme le demande la décidément si peu charismatique Mme Royal, je conseillerais aux électeurs de rester bien tranquillement chez eux et de laisser ces messieurs de la politique s’écharper tranquillement sur les plateaux télévisés tout au long de la soirée. Ces gens-là n’entendent et ne comprennent que ce qu’ils veulent…

Par Hervé Pugi
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Mercredi 12 mars 2008

La Sarkozie voit ses frontières se réduire et n'en déplaise à Patrick Devedjian, pérorant toute la soirée de dimanche sur les résultats des ministres du gouvernement, tout ne s'est pas forcément passé comme il se devait et, le jour du décès du dernier poilu de la grande guerre, on peut se demander si l'on ne devrait pas songer à offrir dans quelques décédies des funérailles nationales au dernier des Sarkozystes encore en place. Le "label Sarkozy" ne fait effectivement plus vendre... Démonstration :
Si beaucoup de ministres ont été élus ou réélus d'emblée, l'ultra-sarkozyste Christian Estrosi (Outre-mer) a obtenu à Nice un score décevant (35,8%) alors qu'il espérait, en début de campagne, détrôner le maire sortant UMP Jacques Peyrat dès le premier tour. Il devrait néanmoins l'emporter dimanche. 
Sa collègue Rachida Dati (Justice) n'a aucun souci à se faire pour le second tour, mais elle aussi a été mise en ballottage dans le très droitier VIIème arrondissement de Paris. 
Une autre proche de Nicolas Sarkozy
, Rama Yade (Droits de l'Homme), n'est pas assurée de la victoire à Colombes, où elle est la colistière d'une maire UMP au coude à coude avec la gauche. 
Toujours dans les Hauts-de-Seine, Manuel Aeschlimann, un proche du président, est en situation périlleuse à Asnières, où sa gestion est fortement attaquée par ses adversaires. 
La très sarkozyste porte-parole de l'UMP Nadine Morano n'est arrivée que troisième (24,4%) à Toul et se retrouve, même si elle a gommé toute référence à l'UMP pendant sa campagne, en fâcheuse posture pour ravir la mairie au PS

A Reims, les électeurs ont désavoué le candidat UMP qui s'était longtemps targué du soutien du chef de l'Etat, Renaud Dutreil, dépassé par son ancienne collègue des gouvernements Raffarin et Villepin, Catherine Vautrin. 
A Périgueux où M. Sarkozy a effectué une de ses rares visites de terrain pendant la campagne électorale, Xavier Darcos (Education) a fort à faire pour garder la ville le 16 mars. 
Bien qu'élu dès dimanche dernier, Xavier Bertrand (Travail), présenté comme l'une des cartes maîtresses de l'Elysée, a fait dix points de moins qu'en 2001 à Saint-Quentin. 
Enfin dans le fief même du président, à Neuilly, Arnaud Teullé, dissident UMP mais soutenu par la famille Sarkozy et les proches du chef de l'Etat (Patrick Balkany, Brice Hortefeux), devrait être battu par Jean-Christophe Fromantin, il est vrai finalement investi par l'UMP. M. Sarkozy les avait reçus tous deux. 
"C'est indiscutable qu'il ne fallait pas s'afficher pro-Sarko. Et si le scrutin avait eu lieu 15 jours plus tôt, le résultat aurait été encore plus catastrophique pour l'UMP", analyse un ténor du parti. 
Aux cantonales, le fils cadet du président, Jean, l'a emporté dès le premier tour à Neuilly-sud, mais en recueillant sur son nom 51,9% des voix, contre 73% en 2001 à son prédécesseur UMP. Son adversaire MoDem 
Alexandre Harmand a réalisé un joli 28,9% alors qu'il n'a fait que 4,6% aux municipales, où il ne représentait pas la seule "offre" non-sarkozyste. 
François Guéant a été battu dans un canton du Morbihan qui lui semblait a priori acquis. Le vainqueur, un candidat sans étiquette, avait mené campagne contre le parachutage du fils du secrétaire général de l'Elysée. 
A l'inverse, les élus les plus hostiles à M. Sarkozy ou considérés comme loin de la sphère sarkozyenne, à l'image d'Alain Juppé à Bordeaux, de François Baroin à Troyes ou de Georges Tron à Draveil, s'en sont bien sortis. Le villepiniste Jean-Pierre Grand, en délicatesse avec la direction de l'UMP, l'a emporté en améliorant son score de 2001 dans sa ville héraultaise. "Ca me conforte dans mon action locale, mais aussi dans mes positions nationales", a-t-il averti.
(avec AFP)

Par Hervé Pugi
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Lundi 10 mars 2008

Plus que les résultats eux-mêmes, la grande information du premier tour de ces municipales est le rôle d’arbitre que le MoDem tiendra dimanche prochain dans bien des villes de notre pays. Cependant, le parti de François Bayrou s’est lancé dans une stratégie dont nul ne peut annoncer les retombées à long terme. Alors que la défunte UDF ne manquait jamais de rappeler que son positionnement était « centre-droit », le nouveau-né a confirmé qu’il avait des tendances inavouables qui le conduisent à sérieusement zyeuter, voire flirter, avec le Parti socialiste.

Alors à quand le « coming-out » du MoDem ? Tout au long de la soirée électorale, qui a vu Marielle de Sarnez courir de plateau en plateau de télévision, on a senti chez la candidate à la mairie de Paris un certain blocage à évoquer ce grave tabou : l’alliance avec le PS. Il faut dire que l’ex directrice de campagne de François Bayrou à la dernière présidentielle n’a pas franchement été aidée par son président qui, fidèle à lui-même, n’a pas voulu bousculer son électorat en engageant son parti dans une direction plutôt qu’une autre.

Le MoDem, qui prétend aller au-delà des clivages politiques traditionnels droite-gauche, donne l’impression bien maladroite de vouloir jouer la carte de l’opportunisme. A Paris, malgré les appels du pied de Françoise de Panafieu, Marielle de Sarnez ne se voit soutenir que Bertrand Delanoë, qui jusque-là ne lui demande rien. Pendant ce temps, à Marseille, Jean-Luc Benhamias, ancien élu des Verts, serait éventuellement prêt à soutenir le maire sortant Jean-Claude Gaudin, numéro deux de… l’UMP ! 
Se vendre au plus offrant ?
En Alsace, autre paradoxe, la candidate MoDem, Chantal Cutajar, ex UMP, n’hésite pas à avouer son attirance pour le candidat… socialiste en ballottage favorable, Roland Ries. Pour ce qui est de Toulouse, Jean-Luc Forget ne se prononce pas encore. Entre Moudenc (UMP) et Cohen (PS) son cœur balance… Et pour couronner le tout, François Bayrou lui-même se trouve en situation délicate à Pau, où il n’est arrivé qu’en deuxième position derrière la candidate socialiste, Martine Lignières-Cassou. Difficile dans ses conditions de lancer un appel au rassemblement entre le PS et le MoDem comme Ségolène Royal, décidément fort attirée par le Béarnais, a pu le faire.

Des anciens élus de gauche prêts à s’allier avec l’UMP, des dissidents de la majorité qui votent socialistes, des centristes purs et durs qui lorgnent à gauche quand d’autres ne savent pas quoi en penser, autant dire que la nauséabonde semaine de marchandage politique qui s’ouvre à nous va donner bien des migraines.

En se vendant au plus offrant (ou au plus convaincant si l’on veut être moins cynique), le MoDem peut tirer son épingle du jeu et s’offrir une belle vitrine après seulement huit mois d’existence. Mais c’est à long terme que les futurs élus du parti de François Bayrou joueront leur crédibilité. Intérêts locaux et enjeux nationaux sont souvent liés, il faudra alors aux membres du MoDem pouvoir tenir une ligne en accord avec leurs idéaux et les alliances, parfois contre-natures, passés avec des partis aux idées radicalement opposées. Autant dire que le risque de se perdre est grand.

A force de vouloir être l’antithèse de tout, le MoDem prend le risque de ne représenter RIEN. Son électorat indécis, qui s’était divisé à quasi part égale entre droite et gauche lors du second tour de la présidentielle, pourrait en fin de compte expliquer la stratégie de non alignement du Mouvement Démocratique.

Difficile dans ces conditions d’exister par soi-même…
Par Hervé Pugi
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Vendredi 7 mars 2008

Les élections municipales approchent à grand pas et le moins que l’on puisse dire c’est que « il y a quelque chose de pourri dans le royaume » de… l’UMP. Pas sûr pour autant que le grand tragédien William Shakespeare (à qui la formule a été –partiellement- empruntée) ait pu trouver l’inspiration dans ce qui ressemble bien plus à une tragi-comédie. Pour tout dire, la majorité présidentielle a tout fait pour que cette campagne ressemble à un opéra-comique qu’un certain Offenbach, maître dans le domaine, n’aurait pas renié. Mais bien loin des « Contes d’Hoffmann », c’est plutôt ceux des « Milles et une nuit » que les compagnons de route de Nicolas Sarkozy sont en train de nous raconter. 
Ainsi, Patrick Devedjian nous en a raconté une bien bonne pas plus tard que ce matin même. Nul n’ignore désormais que le chef de l’Etat, alors sûr de sa force, avait voulu faire  de ce scrutin local un enjeu national. Ce qui n’avait pas franchement ravi ses « disciples ». C’est le moins que l’on puisse dire. Beaucoup à droite se sont d’ailleurs évertués à battre en brèche la vision du président de la République. Le secrétaire général de l’UMP, lui, a tranché sur Canal+ : « les élections sont au deux tiers locales, un tiers nationales ». Ne manque que quelques glaçons et ce « pastis » serait presque buvable… 
Ne pas désavouer Nicolas Sarkozy sans trop l’impliquer non plus ? Hum… Pas certain. Pour les maires étiquetés UMP la vision serait plutôt : Ne pas désavouer Nicolas Sarkozy sans l’avoir dans les pattes ! Ce que n’a pas manqué de mettre en exergue François Hollande sur le plateau de France-2 hier soir : « Personne (…) à droite, ne se revendique de Nicolas Sarkozy, c’est étrange ».
Pas même l’ami Estrosi à Nice. Le secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer ne fait effectivement aucune mention de son appartenance à l’UMP sur ses affiches électorales, préférant avancer « l’ouverture » de sa liste à la « société civile ». De quoi amuser Jacques Peyrat, maire sortant viré de l’UMP pour candidature dissidente : « on m’a exclu de l’UMP pour m’interdire d’utiliser le sigle du parti (…). Ce serait donc que M. Estrosi est également exclu de l’UMP (…) », a ironisé l’ancien membre du Front National. 
Pas touche aux ministres !
Des candidats investis qui se coupent de leur parti, c’est étonnant, mais des candidats « découpés » par leur parti qui s’en revendiquent encore, c’est carrément fou ! C’est pourtant bien ce qui s’est passé dans ce Far-West à la française qu’est Neuilly-sur-Seine. Pas la peine de trop s’étendre sur les pérégrinations passées quant à l’investiture d’un candidat UMP dans le fief de Nicolas Sarkozy. Si David Martinon soigne toujours son dos de ses nombreuses blessures par armes blanches, le « putschiste » lui-même « putsché » (sic), Arnaud Teullé, semble avoir pour sa part toujours bien mal aux fesses. Mais l’ancien chef de section du parti présidentiel, pourtant suspendu pour dissidence, n’a pas renoncé. Il n’a en effet pas hésité à afficher le logo de l’UMP, en face de chacun du nom de chacun de ses co-listiers encartés au parti, sur ses propres bulletins de vote !  Amour (désespoir ?) quand tu nous tiens !!! 
Mais si certains maires de droite ont des sueurs froides à quelques jours de l’échéance, d’autres ont leur place bien au chaud d’assurer. Il s’agit des ministres en lice aux municipales. Même battus, ils sont assurés de rester au gouvernement. Pas de rupture, même tranquille, pour eux ! Voilà qui a changé (Alain Juppé doit apprécier) depuis les législatives… 
C’est que, selon Patrick Devedjian, « si vous dites qu’à chaque fois, ils ne peuvent pas rester, il n’y aura plus aucun ministre qui voudra se présenter aux élections, ce qui est quand même embêtant dans une démocratie ». Non, monsieur Devedjian, ce qui est embêtant c’est plutôt que des hommes politiques refusent de jouer le jeu de la démocratie par crainte de perdre leur situation. Et ça, c’est le tragique de la comédie actuelle mise en scène par l’UMP.

Par Hervé Pugi
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Samedi 23 février 2008

estrotour75.jpg Dans la lignée de sa carrière motocycliste, Christian Estrosi ne montera sûrement jamais (ou si rarement) sur le podium mais le Président du conseil général des Alpes-Maritimes ne se décourage pas. Il faut croire que celui que l’on surnomme ironiquement du côté de Nice le « motodidacte » aime toujours autant les virages serrés et les risques inutiles. Après avoir « boosté » sa cylindrée en proposant le fameux amendement sur les tests ADN, le secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer passe la vitesse supérieure en remettant en cause le « droit du sol » à Mayotte. Une proposition liberticide et guère rassurante dans le contexte actuel où son bien-aimé président Sarkozy tente de passer outre le conseil constitutionnel, juste car tel est son bon désir…

On l’aura compris, Christian Estrosi vise la pole-position dans le prochain gouvernement Fillon, celui d’après les élections et dont il ne faut surtout pas parler. C’est que la course est attrayante et lancé à toute vitesse vers la mairie de Nice, où il brigue le mandat de son ex-ami Jacques Peyrat, un divers-droite devenu RPR puis UMP mais issu du Front National, l’ancien adjoint à la mairie du scandaleux Jacques Médecin veut rafler toutes les couronnes.

Si depuis 1983, Estrosi a passé sans trop d’embuches les essais qualificatifs, décrochant de très honorables succès locaux (mairie de Nice, conseil général et régional, députation), changer de catégorie semble ne pas être des plus évidents. Les sorties de route, effectivement,  se succèdent. Car, avant les tests ADN ou le droit du sol, ce proche du voisin marseillais –le truculent Jean-Claude Gaudin- nous a déjà fait frémir par ses acrobaties politiques inconsidérées.

Le plus marquant dérapage est certainement cette proposition de loi déposée devant l’assemblée le 11 décembre 1991 : « Proposition de loi pour rétablir la peine de mort pour certains crimes ». Rien que ça ! Voilà qui s’apparente à un choc frontal dans un rail de sécurité sans passer par les graviers ! On sent chez Estrosi le « kamikaze spirit » !

Dernière bécane ? Un Falcon 900 !
Mais l’homme à la clé à mollette en a dans le casque. Il faut le savoir. C’est pourquoi, lubie du moment, il milite pour le rapatriement de la dépouille de… Napoléon III en France (elle repose actuellement en Angleterre). Une riche idée qui devrait combler le chef de l’Etat, prompt à exalter l’histoire de France quand bon lui semble.

Pour rappel, ce bon Charles-Louis Napoléon Bonaparte est l’auteur de nombreux coups d’Etat. Elu président en 1848, il s’autoproclame empereur (rien que ça !) en 1852. Grand colonisateur, pied-nickelé dans l’expédition du Mexique (un fiasco) et leader belliqueux dans la défaite de 1870 face à la Prusse (qui nourrira les rancœurs des deux côtés du Rhin, prélude de 1914 puis de 1940). Napoléon III, bien que l’accabler de la sorte est un peu facile, restera à tout jamais « Napoléon le petit », comme aimait à s’acharner Victor Hugo. On ne sait toutefois si Christian Estrosi ira le récupérer plein gaz sur sa bécane ou… en Falcon 900.

Car cet amoureux de la vitesse a bien failli casser sa belle mécanique voilà peu. Un pot servi à  l’Elysée, un vol régulier Air France raté et c’est le drame. Attendu à l’UNESCO, du côté de Washington, le secrétaire d’Etat est parachuté dans un avion privé loué 138.000 euros. Excusez du peu…

Mais loin de se démonter, Christian Estrosi prend tout les risques et veut refaire son retard. C’est pourquoi il propose simplement et purement de supprimer sur l’île de Mayotte « le droit du sol » qui permet à tout enfant, né de parents étrangers, de bénéficier de la nationalité française (on attend toujours la réaction d’indignation de Rama Yade !!!). Une « expérimentation » prétend-il naïvement, comme un réglage de soupapes ou de carburateur. Une « expérimentation » sur ces êtres si différents de nous, les immigrés, qui décidément semblent vraiment empêcher le gouvernement de dormir ! Et Estrosi en particulier...

Bon, faut dire que les podiums des grands prix de moto sont toujours plein d’étrangers. Et pas depuis peu….

Ceci expliquerait-il cela ?

Par Hervé Pugi
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Vendredi 22 février 2008
Edouard Balladur est un drôle de bonhomme. On se souvient de sa trahison envers Jacques Chirac en 1995 après une gouvernance de cohabitation sous le règne mitterrandien qui avait tout d’un mauvais film historique traitant de la Restauration. Souvenir impérissable d’une époque qui fleurait bon la déprime. Parti à l’assaut de l’Elysée, Edouard avait entraîné avec lui un certain Nicolas S. qui, au soir du premier tour, avait entamé une longue traversée du désert qui fit certainement de lui ce qu’il est aujourd’hui : une bête politique au cuir dur.

Unis dans la défaite, beaucoup ont vu dans l’avènement de Sarkozy une revanche des Balladuriens sur Chirac. L’affront lavé, on aurait pu s’attendre à ce que Balladur voue une reconnaissance éternelle à son ancien compagnon de lutte. Que nenni mon bon monsieur !!! Que nenni !!!

Egale à lui-même, dans un style très soigné, presque d’un autre temps, Edouard Balladur a broyé la première année de présidence de Nicolas Sarkozy  -dans les colonnes du journal Le Monde daté de samedi- comme aucun de ses opposants ne l’a jamais fait. Le tout avec ce petit air de tout dire en ne disant rien qui rend ces déclarations plus acides encore.

Pour résumer l’intervention, le chef de l’Etat est plein de bonnes intentions, ça oui, mais pour le reste, ça ne va pas. Et se lançant dans un exercice pédagogique, qui rappellera leurs pires années face à un tableau noir aux internautes, maître Balladur fait la leçon.

Trop de bavardages !
Ainsi, on apprend que le fond (« rupture et changements ») est bon mais que la forme laisse à désirer. Ecrit en rouge, dans la marge : le petit Nicolas « doit infléchir son style » ou encore « adapter la méthode et le rythme ».

L’attitude de l’élève Sarkozy est également mise en cause. « La sincérité n'est pas exclusive d'une certaine sobriété, la rapidité de la décision n'interdit pas la concertation préalable », prévient Balladur, avant de brandir sa règle. « Il n'est pas non plus indispensable, pour mieux orienter les commentaires, de créer tous les jours un événement ». Et boum ! En plein sur les doigts… Le premier de la classe aurait-il pris la grosse tête ?

Mais c’est l’attitude générale de la classe qui inquiète monsieur le professeur. « Un terme doit être mis aux bavardages indiscrets » apprend-on. Ces bavardages qui nuiraient à l’image d’un gouvernement qu’il attend « plus solidaire ». Quant aux mauvaises fréquentations de Nicolas, ses conseillers, ils « doivent s’astreindre à une plus grande réserve, ne pas discourir de tout sans avoir reçu mandat ». Le conseil de classe est décidément des plus sévères.

Normal, endossant maintenant le costume de conseiller d’orientation, Monsieur Edouard prévient : « 2008 sera une année décisive pour la réussite de son quinquennat ». Alors du courage, jeune Sarkozy, il faut « accentuer les réformes, sans se préoccuper des sondages d’opinion ». Ni même prendre le temps de conter fleurette à ses amoureuses ?

Et bien non, plus le temps, maître Balladur est des plus exigeants et n’acceptera plus aucun mot d’excuse qui serait injustifié. La « faiblesse de la croissance » ou « des préceptes faussement keynésiens » sont autant de foutaises qui ne pourraient « retarder la baisse des déficits », matière principale de l’année.

L’élève Sarkozy est prévenu. Gare, donc, aux heures de colle !

On attend en tout cas avec impatience la remise du bulletin…           

Par Hervé Pugi
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